Série : Réflexions sur mon expérience TikTok – Article 1 — Force, vulnérabilité et regards numériques
Je lance aujourd’hui une nouvelle série d’articles intitulée « Réflexions sur mon expérience TikTok ».
Ce projet s’inscrit dans ma démarche de recherche-création et de vulgarisation scientifique incarnée, où j’explore comment une chercheuse peut occuper l’espace numérique autrement — non pas en théorisant à distance, mais en expérimentant elle-même les plateformes, leurs dynamiques, leurs promesses et leurs blessures.
Je publierai ces réflexions sur LinkedIn, et elles seront rassemblées ici, sur mon blogue, au fil de mon parcours.
Je sais déjà qu’elles vont évoluer, se densifier, se nuancer.
Mais il fallait commencer quelque part.
Et ce premier article (aussi sur LinkedIn), c’est un point de départ : sincère, un peu brut, mais lucide.
Un mois et deux jours plus tard
Un mois et deux jours après avoir publié ma première vidéo, j’atteins aujourd’hui 500 abonnés sur TikTok. Non, je ne me considère pas comme une influenceuse (lol 😅). Mais, pour un début sans publicité payante — malgré les multiples offres de rabais que TikTok m’envoie pour « booster » mes vidéos — c’est déjà beaucoup. Et j’ai pris une décision claire : ne pas entrer dans cette spirale sans fin (everlasting spiral) de la visibilité artificiellement achetée.
Créer du contenu est exigeant. Et je ressens aujourd’hui une immense reconnaissance pour celles et ceux qui le font, surtout quand ils le font avec rigueur et authenticité, et partagent du contenu de qualité.
On entend souvent : « Ah, ces gens qui dansent sur TikTok…» Mais il faut une vraie discipline pour apprendre une chorégraphie, la maîtriser, se filmer, puis oser la publier face à des millions de regards. C’est une mise à nu, une forme de courage.
Une niche pas très « amusante »
De mon côté, le contenu que je crée n’est pas divertissant. Je suis dans une niche microscopique : je parle de désinformation, de deepfakes, de crises du savoir et d’éthique de l’intelligence artificielle. Autrement dit, de sujets qui ne font pas rire l’algorithme.
Et pourtant, malgré cette apparente dissonance entre ma mission et la logique virale de la plateforme, TikTok m’a donné une voix. Une voix différente.
J’ai toujours écrit. Mais se filmer, c’est autre chose. Ce n’est plus seulement les mots — c’est le corps, la voix, le regard, la respiration. Et tout cela change la réception du message. Une phrase neutre à l’écrit peut devenir menaçante, douce ou ironique selon le ton, la gestuelle, la lumière.
Ce que je découvre, c’est un espace où la force et la vulnérabilité coexistent. La force de parler, d’assumer son message. Et la vulnérabilité d’être vue, interprétée, parfois jugée. Ce mélange m’habite à chaque enregistrement.
La sécurité perdue
Pendant des années, j’ai publié sur LinkedIn, Facebook, Twitter, Instagram. Des photos, des mots, des réflexions. Et j’y ai toujours ressenti une forme de sécurité.
Pas une sécurité technique — celle des mots de passe ou des pare-feux — mais une sécurité symbolique : celle d’un espace où les gens me lisaient pour ce que je disais, pas pour ce que je « projette ».
Sur TikTok, cette sécurité a disparu.
J’ai reçu des centaines de messages. Certains bienveillants. D’autres profondément dérangeants.
Je parle de désinformation, de deepfakes, de crise de la connaissance — et je reçois, en retour, des messages d’hommes qui commentent mon apparence, me parlent de mon regard, de mes lèvres, de ma « beauté », et m’écrivent qu’ils m’aiment.
Des messages qui m’ont fait me sentir envahie.
C’est un sentiment difficile à traduire. Celui d’avoir envie de se couvrir davantage, de cacher ce que même les vêtements ne protègent plus. Comme si, peu importe les couches qu’on porte, on reste encore nue.
Et c’est là que j’ai compris quelque chose de fondamental : je croyais que les deepfakes pouvaient faire taire les femmes. Mais il n’y a pas besoin de deepfake pour ça. De simples messages vulgaires peuvent suffire à effacer une présence, à miner une voix.
Continuer malgré tout
J’ai sincèrement envisagé d’arrêter. De supprimer mes vidéos. De quitter TikTok.
Mais c’est ma fille qui m’a arrêtée. Elle m’a rappelé pourquoi j’avais commencé. Elle m’a rappelé les autres messages — ceux de gratitude, de curiosité, de confiance. Les commentaires de jeunes qui découvrent, de parents qui apprennent, de personnes professionnelles qui partagent.
J’ai parlé avec une employée de TikTok. Je lui ai demandé s’il existait un moyen de contrôler ou filtrer ces messages. Elle m’a répondu que non. Que je pouvais désactiver les commentaires, mais qu’en le faisant, je couperais le canal avec celles et ceux qui sont là pour apprendre, pour échanger.
Alors j’ai choisi autrement. Ignorer. Supprimer. Bloquer. Et continuer.
Être femme dans le numérique
Je partage cela parce que ce n’est pas facile d’être une femme qui s’expose. Les efforts que nous investissons sont souvent doublés : créer, transmettre, et se protéger.
Je pense à toutes les journalistes, chercheuses, politiciennes, actrices, artistes, militantes qui prennent la parole dans cet espace numérique, avec tout ce qu’il comporte de beauté, de visibilité et de violence.
Je pense à elles, et je leur envoie toute ma reconnaissance et mon respect. Parce que non, ce n’est pas facile. Mais c’est nécessaire.
Réflexion de chercheuse : entre éthique, exposition et agentivité
Ce premier mois sur TikTok m’enseigne que la prise de parole numérique n’est jamais neutre. Elle engage le corps, le genre, l’émotion et la perception d’autrui. Elle questionne aussi notre agentivité épistémique : notre capacité à nous affirmer comme sujet connaissant dans un espace dominé par l’image, la vitesse et la performativité.
En ce sens, TikTok devient un terrain d’observation et d’action : un espace où se rejoue la tension entre l’éducation, la médiation, la désinformation et la résistance.
Et peut-être qu’au fond, c’est ça, le véritable enjeu de ma série : comprendre comment, dans un monde saturé d’images et de faux, on peut encore parler — et être entendue — sans se perdre.
Et vous, comment vivez-vous la prise de parole dans les espaces numériques ? Entre exposition, confiance et résistance, qu’est-ce qui vous aide à continuer à partager votre voix ?
Comme plusieurs de mes publications, ce texte a été révisé linguistiquement avec ChatGPT (OpenAI) — un choix assumé qui fait partie de ma réflexion sur la co-écriture humain·IA et la transformation des pratiques d’écriture scientifique.
#làtusais