Quand les algorithmes influencent ce que la recherche peut voir… et les décisions qu’elle éclaire
Les algorithmes des plateformes numériques influencent les informations auxquelles nous sommes exposés. Ils peuvent aussi influencer ce que les scientifiques parviennent à observer et à analyser. Un problème méthodologique déjà documenté, mais dont les conséquences deviennent particulièrement graves lorsque la recherche porte sur des guerres, des génocides et la documentation des violences.
À l’occasion du colloque ORBICOM, un échange entre chercheuses m’a amenée à approfondir une question qui dépasse largement nos présentations : dans quelle mesure les plateformes numériques influencent-elles non seulement les informations auxquelles les populations ont accès, mais aussi les données à partir desquelles nous produisons des connaissances scientifiques?
Cette question n’est pas nouvelle. Les biais de sélection, la personnalisation algorithmique et les restrictions d’accès aux données font déjà l’objet de recherches.
Mais lorsque les phénomènes étudiés concernent des guerres, des violences de masse et des populations dont les témoignages peinent parfois à circuler, les conséquences de ces mécanismes deviennent particulièrement préoccupantes.
Car ce que nous parvenons à observer influence ce que nous pouvons analyser, les conclusions que nous pouvons défendre et, potentiellement, les décisions publiques et institutionnelles que nos travaux contribuent à éclairer.
Deux perspectives sur un même phénomène
Lors d’une séance d’ORBICOM, deux présentations abordaient un phénomène similaire : des vidéos d’animation générées par intelligence artificielle, inspirées notamment de l’esthétique LEGO, qui circulent dans le contexte des conflits au Moyen-Orient.
Ces productions mettent en scène des événements politiques et militaires, les transforment en récits animés et mobilisent des références culturelles immédiatement reconnaissables.
Dans l’une des vidéos que je présentais, des fillettes se rendent à l’école, une attaque survient, puis une riposte iranienne est mise en scène comme une réponse à la mort des enfants. Ce récit renvoie au bombardement d’une école à Minab, en Iran, le 28 février 2026, dont les conséquences humaines ont été documentées par Human Rights Watch.
Une autre animation empruntait à l’univers d’Angry Birds pour proposer une représentation satirique des rapports entre des dirigeants étrangers et certains médias libanais. Elle suggérait, par la caricature, une influence financière et politique sur les récits médiatiques. Cette représentation constituait une accusation politique, sans démontrer à elle seule l’existence des relations ainsi mises en scène.
Une collègue avait constitué un corpus important de vidéos sur YouTube, qu’elle examinait principalement sous l’angle de la propagande.
De mon côté, j’avais exploré ces productions sur TikTok et Instagram. Mon analyse portait davantage sur les formes culturelles mobilisées, les mécanismes de cadrage, les émotions suscitées et les interprétations que ces récits pouvaient favoriser.
Nos perspectives faisaient ressortir des dimensions différentes du phénomène.
Mais ce qui m’a particulièrement frappée, c’est la manière dont j’avais moi-même eu accès à ces contenus.
À force de consulter, de regarder et de partager des publications sur le sujet, je n’avais pratiquement plus besoin de chercher ces vidéos. TikTok et Instagram m’en recommandaient continuellement de nouvelles.
Je me retrouvais ainsi exposée à une multitude de productions et, surtout, à des conversations que d’autres personnes, dont les historiques d’interaction sont différents, ne verraient pas nécessairement apparaître dans leurs propres fils.
Ces contenus n’étaient pas forcément introuvables. Mais ils n’étaient pas nécessairement rendus visibles de la même manière à tout le monde.
Et cette distinction est fondamentale.
Une réception qui mérite d’être comprise
J’ai personnellement trouvé ces vidéos importantes.
Non pas parce qu’elles seraient exemptes de cadrage politique ou de propagande, mais parce qu’elles proposaient d’autres façons de représenter des événements et de raconter des expériences dans un environnement informationnel que je voyais saturé d’accusations répétées, de récits concurrents et de discours qui, à mes yeux, inversaient les rôles de victime et d’agresseur.
Dans cet environnement, les mêmes interprétations revenaient sans cesse. Certaines violences étaient minimisées ou justifiées, tandis que les populations qui les subissaient se retrouvaient elles-mêmes mises en accusation.
Ces animations me semblaient importantes parce qu’elles permettaient aussi de rendre certains événements visibles, compréhensibles et partageables autrement.
Et ce qui m’a le plus interpellée, c’est la réception remarquablement positive que j’observais dans de nombreux commentaires.
Des personnes réclamaient de nouvelles vidéos, les attendaient impatiemment, remerciaient leurs créateurs et exprimaient leur reconnaissance.
J’y voyais une véritable soif d’information, mais aussi un besoin de voir certaines expériences reconnues et racontées autrement.
Plusieurs commentaires laissaient entendre que ces personnes trouvaient enfin des représentations d’événements, des faits ou des perspectives qu’elles estimaient absents, marginalisés ou déformés dans les grands médias.
Pour comprendre cette réception, il faut tenir compte du contexte historique et politique des populations concernées.
Bien avant le génocide à Gaza, des voix palestiniennes dénonçaient déjà la marginalisation de leurs récits, les restrictions à la circulation de certaines informations et la manière dont les violences subies étaient représentées, justifiées ou normalisées.
Dans ce contexte, une vidéo d’animation peut représenter beaucoup plus qu’un objet de divertissement ou qu’un message politique.
Elle peut devenir, pour certains publics, une manière d’accéder à une autre représentation des événements, de retrouver une expérience qu’ils estiment invisibilisée et de partager un récit qui fait écho à leur compréhension du monde.
Cette dimension mérite une véritable attention scientifique.
Il ne s’agit pas de considérer automatiquement ces productions comme fiables. Une animation peut représenter un événement réel tout en le simplifiant, en sélectionnant certains faits, en amplifiant les émotions ou en orientant délibérément l’interprétation.
De même, les commentaires que j’ai consultés ne constituent pas une étude représentative de la réception de ces vidéos. Ils ne permettent pas d’établir la sincérité de chaque réaction ni la véracité des événements racontés.
Mais ils m’ont permis d’observer quelque chose d’important : la valeur que certains publics attribuaient à ces productions et les besoins informationnels auxquels elles semblaient répondre.
D’ailleurs, le Mécanisme de réponse rapide du Canada a établi, à partir d’une analyse de sources ouvertes, des liens entre Explosive Media, producteur de vidéos de type LEGO, et des acteurs liés à l’État iranien. Le média conteste toute affiliation étatique. Cette évaluation concerne un réseau précis et ne peut être généralisée à l’ensemble des animations adoptant une esthétique similaire.
L’analyse des opérations de propagande demeure donc pertinente.
Mais identifier les intérêts politiques ou les stratégies de communication associés à la production d’un contenu ne suffit pas à expliquer sa réception.
Une même production peut servir des objectifs d’influence, évoquer des événements réels, proposer un cadrage orienté et être reçue comme une réponse à un sentiment d’invisibilisation.
Ces dimensions peuvent coexister.
C’est précisément cette complexité que nous risquons de perdre lorsque nous examinons uniquement les contenus, sans considérer leurs conditions de circulation, les contextes dans lesquels ils sont reçus et les significations que les publics leur attribuent.
Et cela m’amène à une autre question.
Si mes interactions avec les plateformes contribuaient à rendre certaines vidéos et certaines conversations particulièrement visibles pour moi, qu’en était-il des autres chercheuses et chercheurs qui exploraient le même phénomène?
Quelles dimensions pouvaient-ils observer? Lesquelles demeuraient moins visibles? Et dans quelle mesure ces différences pouvaient-elles influencer les corpus constitués et les interprétations scientifiques qui en découlaient?
Ce que les algorithmes nous permettent de voir
Après la séance, une discussion avec une collègue spécialiste des médias nous a ramenées à ce problème méthodologique fondamental.
Lorsque nous étudions les phénomènes numériques, nous ne travaillons pas nécessairement à partir d’un ensemble de données complet, stable et accessible indépendamment des plateformes qui l’hébergent.
Nous travaillons avec les contenus que nous pouvons repérer, ceux que les systèmes nous recommandent, ceux qui demeurent disponibles et ceux que les interfaces et les outils de collecte nous permettent d’extraire.
Or, les systèmes de recommandation personnalisent une partie de cette exposition en fonction des interactions antérieures et de différents signaux comportementaux.
En 2024, Karan Vombatkere et ses collègues ont étudié la personnalisation des recommandations sur TikTok, notamment le rôle du temps de visionnement, des mentions « J’aime » et des abonnements. Leurs travaux permettent de mieux comprendre comment les interactions contribuent à façonner les recommandations présentées aux personnes qui utilisent la plateforme.
Plus récemment, Yueru Yan et Siqi Wu (2026) ont examiné la personnalisation des sections de commentaires sur TikTok. À partir de comptes expérimentaux simulant différentes orientations politiques, leur étude a relevé, pour certaines vidéos liées à l’élection présidentielle américaine de 2024, des différences dans le classement des commentaires présentés aux comptes.
La composition des commentaires les mieux classés demeurait largement similaire, mais leur ordre pouvait varier. Cet effet n’était pas universel.
Ces résultats ne démontrent pas que toutes les personnes voient des commentaires différents, ni que les commentaires consultés dans mon propre fil avaient été personnalisés de cette manière.
Ils montrent néanmoins que la personnalisation peut aussi intervenir dans la présentation des réactions entourant un contenu.
Pour la recherche, cette possibilité mérite une attention particulière.
Les algorithmes n’influencent pas seulement ce que les publics voient. Ils peuvent également contribuer à déterminer ce qui devient visible pour les équipes de recherche qui utilisent les plateformes pour repérer des publications, constituer des corpus ou explorer des interactions.
Une personne très engagée sur un sujet peut ainsi découvrir plus facilement certains créateurs, certaines publications ou certaines conversations qu’une personne qui aborde le même sujet avec un historique numérique différent.
Cela ne rend pas ses observations plus exactes ou plus représentatives. La personnalisation peut également renforcer l’exposition à certaines perspectives au détriment d’autres.
Mais elle peut modifier les conditions dans lesquelles un phénomène devient observable.
Et ce qui n’entre pas dans notre champ d’observation risque de ne pas entrer dans notre analyse.
Il faut néanmoins distinguer ce problème général de notre expérience à ORBICOM. Les différences entre nos présentations ne peuvent pas être attribuées uniquement aux algorithmes. Nous n’avions ni les mêmes plateformes, ni les mêmes démarches de collecte, ni exactement les mêmes questions de recherche.
Il ne s’agissait pas d’une comparaison expérimentale permettant d’isoler l’effet de la personnalisation algorithmique.
Notre échange a plutôt mis en lumière un enjeu méthodologique déjà reconnu : la nécessité d’examiner comment les conditions d’accès aux données, leur sélection et leur visibilité influencent les phénomènes que nous pouvons étudier.
Quand les plateformes conditionnent les possibilités de recherche
Ce problème dépasse les recommandations personnalisées.
Dans leur article The Post-API Age of Social Media Data Access: Past, Present, and Future, publié en ligne en décembre 2025, Deen Freelon et ses collègues retracent près de vingt années de transformation de l’accès aux données des réseaux sociaux.
Ils montrent comment les décisions des plateformes concernant leurs interfaces de programmation, leurs restrictions et leurs conditions d’accès ont considérablement influencé les types de recherches qu’il est possible de mener.
Il faut ici distinguer plusieurs mécanismes.
Les systèmes de recommandation influencent les contenus auxquels les personnes sont exposées. Les politiques et les dispositifs de modération peuvent retirer des publications ou en réduire la visibilité. Les conditions d’accès aux données déterminent, quant à elles, ce que les scientifiques peuvent collecter et analyser à plus grande échelle.
Ces mécanismes sont différents, mais ils peuvent tous intervenir dans la constitution d’un corpus de recherche.
Les entreprises technologiques ne déterminent pas directement nos conclusions scientifiques. Elles contrôlent néanmoins une partie des infrastructures qui rendent certaines enquêtes possibles et d’autres beaucoup plus difficiles.
Cette question est également devenue un enjeu réglementaire.
Le 24 octobre 2025, la Commission européenne a annoncé avoir conclu, à titre préliminaire, que TikTok et Meta avaient manqué à leurs obligations d’accorder aux chercheurs un accès adéquat aux données publiques, conformément au règlement européen sur les services numériques.
Ces conclusions préliminaires rappellent que l’accès aux données ne constitue pas seulement une question technique.
Il concerne aussi l’indépendance de la recherche, la transparence des plateformes et notre capacité collective à examiner les systèmes qui structurent une part importante de la vie publique.
En contexte de guerre et de génocide, les conséquences sont particulièrement graves
C’est ici que cette réflexion prend, à mes yeux, toute son importance.
Lorsque nous étudions la circulation de contenus liés à une guerre, nous ne nous intéressons pas simplement à des tendances numériques, à des stratégies de communication ou à des statistiques d’engagement.
Nous étudions parfois les traces de violences réelles, des témoignages, des tentatives de documentation, des récits concurrents et les efforts de populations pour faire connaître ce qu’elles vivent.
Ces contenus peuvent contribuer au travail des journalistes, des organisations de défense des droits humains, des équipes de recherche et des institutions qui tentent de comprendre et de documenter les événements.
Leur visibilité, leur accessibilité et leur préservation deviennent alors des enjeux fondamentaux.
Le cas palestinien est particulièrement révélateur.
En décembre 2023, Human Rights Watch documentait plus de 1 050 cas de suppression ou de restriction de contenus sur Instagram et Facebook, concernant principalement des expressions pacifiques de soutien à la Palestine, y compris des publications sur des violations des droits humains.
En juin 2026, une recherche réalisée par l’organisation palestinienne 7amleh, en partenariat avec Fabio Cristiano, de l’Université d’Utrecht, a analysé 3 520 signalements enregistrés entre 2021 et 2025. Elle documente notamment des suppressions de publications, des restrictions de diffusion, des limitations imposées à certains comptes et des lacunes dans la transparence des décisions de modération.
Ces données proviennent de cas signalés. Elles ne permettent donc pas de mesurer directement la fréquence de ces pratiques parmi l’ensemble des contenus publiés sur les plateformes. Elles apportent néanmoins des éléments documentés sur les difficultés rencontrées par les personnes concernées.
La gravité de ces enjeux doit être replacée dans le contexte des violences subies par les populations. À Gaza, une commission d’enquête internationale indépendante des Nations unies a conclu, en septembre 2025, qu’un génocide avait été commis contre les Palestiniens de la bande de Gaza. Il s’agit des conclusions de cette commission d’enquête, et non d’un jugement rendu par une juridiction internationale.
Dans un tel contexte, la disparition ou la réduction de visibilité de certains contenus peut avoir des conséquences qui dépassent largement les statistiques d’engagement.
Elle peut compliquer la circulation de témoignages, limiter l’accès à certaines perspectives, entraver des démarches de documentation et fragiliser la conservation de traces importantes.
Il faut aussi rappeler qu’un contenu publié sur les réseaux sociaux n’est pas automatiquement une preuve fiable. Une vidéo peut être sortie de son contexte, modifiée ou entièrement fabriquée.
C’est pourquoi des démarches rigoureuses de vérification, de contextualisation et de préservation demeurent indispensables.
Mais lorsque les mécanismes de modération sont opaques, difficiles à contester ou insuffisamment sensibles au contexte, il devient plus difficile de distinguer une intervention justifiée d’une restriction abusive.
Pour la recherche, une difficulté supplémentaire apparaît.
Si certaines expériences, certains témoignages ou certaines perspectives deviennent moins accessibles, comment pouvons-nous déterminer ce qui manque à nos corpus?
Et comment éviter que ces absences influencent silencieusement notre compréhension scientifique des événements?
Une absence dans les données accessibles ne signifie pas nécessairement une absence dans la réalité.
Cette distinction prend une importance particulière lorsqu’il s’agit de documenter des violences dont la reconnaissance peut avoir des conséquences humaines, politiques et juridiques majeures.
Quand les limites de nos données deviennent les limites de nos décisions
Les connaissances scientifiques ne restent pas confinées aux publications.
Elles circulent auprès des gouvernements, des organisations internationales, des institutions éducatives, des médias, des entreprises technologiques et de la société civile.
Elles contribuent à définir des problèmes, à orienter des interventions, à justifier des priorités et à éclairer des décisions.
Revenons à l’exemple des vidéos d’animation évoquées à ORBICOM.
Une recherche centrée sur leurs mécanismes de propagande peut contribuer à identifier des opérations d’influence, des stratégies de manipulation ou des risques pour l’intégrité informationnelle.
Une recherche attentive à leur réception peut, de son côté, faire ressortir des besoins d’information non satisfaits, des rapports de défiance envers les médias et des pratiques de contestation des récits dominants.
Ces perspectives ne devraient pas nécessairement s’opposer. Elles peuvent éclairer des dimensions complémentaires d’un même phénomène.
Mais si l’une de ces dimensions demeure absente de l’analyse, les décisions éclairées par cette recherche risquent de reposer sur une compréhension incomplète.
Une réponse centrée exclusivement sur le retrait des contenus pourrait négliger les besoins de visibilité et d’information des publics concernés.
À l’inverse, une lecture qui ne verrait que des formes de contre-discours pourrait sous-estimer les stratégies d’influence, les intérêts politiques et les manipulations qui participent à leur production.
Dans les deux cas, les limites de l’interprétation peuvent devenir des limites de l’action.
Ce risque ne remet pas en cause la valeur de la recherche scientifique. Il rappelle plutôt l’importance de préciser ce que nos données permettent réellement de conclure, et ce qu’elles ne permettent pas d’établir.
Une conclusion peut être scientifiquement défendable dans le périmètre des données analysées sans pour autant rendre compte de toute la complexité du phénomène étudié.
Et lorsque ce périmètre dépend en partie de systèmes de recommandation opaques, de politiques de modération et de restrictions d’accès imposées par des entreprises privées, nous faisons face à un problème qui dépasse les biais individuels des chercheuses et chercheurs.
Il touche directement aux conditions dans lesquelles nous pouvons produire des connaissances indépendantes.
Une responsabilité scientifique, mais aussi collective
Nous disposons déjà de méthodes pour examiner les biais de sélection, croiser les sources, comparer les corpus et documenter les limites de nos enquêtes.
Ces exigences deviennent encore plus importantes lorsque les environnements étudiés sont personnalisés, évolutifs et partiellement opaques.
Il ne suffit pas d’indiquer qu’une étude porte sur TikTok, Instagram ou YouTube. Il faut aussi, dans la mesure du possible, documenter les modalités d’accès aux données, les stratégies de recherche, les caractéristiques des comptes utilisés, les périodes de collecte, les critères de sélection et les contenus auxquels nous n’avons pas pu accéder.
Il faut distinguer la visibilité algorithmique de la représentativité sociale, le nombre d’interactions de l’adhésion à un récit, et la circulation d’un témoignage de sa vérification indépendante.
Il faut aussi reconnaître que les personnes qui produisent, diffusent et reçoivent des contenus ne sont pas de simples variables dans nos analyses. Elles interprètent ces contenus à partir de leurs expériences, de leurs connaissances, de leurs rapports aux institutions et de leurs contextes historiques, sociaux et politiques.
En contexte de conflit, ignorer ces dimensions peut appauvrir notre compréhension de ce que nous observons.
Mais la responsabilité ne peut pas reposer uniquement sur les équipes de recherche.
Nous devons également interroger les conditions dans lesquelles quelques grandes entreprises privées peuvent déterminer l’accès à des données devenues essentielles pour comprendre nos sociétés.
Les enjeux de transparence, d’accès indépendant, de protection des personnes et de conservation des contenus d’intérêt public doivent faire partie de cette réflexion.
Dans mes travaux sur les médias synthétiques et la désinformation, je m’intéresse depuis plusieurs années à la manière dont les technologies transforment notre rapport à l’information, à la preuve et au savoir.
Dans une réflexion publiée par l’UNESCO sur les deepfakes et la crise du savoir, j’ai notamment proposé de dépasser la seule question de la détection des faux pour examiner les conditions dans lesquelles nous construisons, validons et partageons nos connaissances.
L’échange à ORBICOM me ramène à cette préoccupation sous un autre angle : que devient notre capacité collective à produire des connaissances lorsque les conditions mêmes de l’observation dépendent d’infrastructures que nous ne maîtrisons pas entièrement?
La réponse exige de la rigueur méthodologique, mais aussi une réflexion sur les rapports de pouvoir qui structurent nos environnements informationnels.
Car ce que nous ne voyons pas n’est pas nécessairement inexistant.
Ce que nous voyons abondamment n’est pas nécessairement représentatif.
Et ce que nous pouvons scientifiquement soutenir dépend aussi de notre capacité à reconnaître les limites de ce que nous avons pu observer.
Dans les contextes de guerre et de génocide, cette vigilance devient une responsabilité particulièrement importante.
Parce que les angles morts de la recherche ne restent pas toujours dans la recherche.
Ils peuvent aussi se retrouver dans les décisions qu’elle éclaire.
Note de transparence : Cet article a été élaboré avec l’assistance de ChatGPT (GPT-6), notamment pour la structuration, la rédaction et le repérage de références, à partir de mes réflexions, de mes observations et de mes échanges lors du colloque ORBICOM. Les analyses et les positions exprimées reflètent mon point de vue. J’assume l’entière responsabilité du contenu publié.