Aller au contenu principal

Jamila Zayani

Jamila Zayani est doctorante en technologie éducative à l’Université Laval et conseillère en technopédagogie à la fonction publique du Québec, elle poursuit aussi des études en intelligence artificielle à l’Université de Montréal. Son parcours, situé entre design, médiation culturelle et pratique artistique interdisciplinaire, nourrit une réflexion sur les effets cognitifs, sociaux et culturels des technologies éducatives. Ses travaux portent sur la manière dont les environnements numériques influencent l’attention, les rythmes d’apprentissage et la circulation des représentations liées aux identités. Son approche relie recherche, pédagogie et création pour explorer des formes d’apprentissage plus inclusives et plus sensibles aux expériences diverses des apprenants.

Sa recherche doctorale examine comment les environnements numériques transforment les pratiques d’enseignement et d’apprentissage, en particulier par leurs effets sur l’attention, la gestion du temps et l’articulation entre espaces physiques et virtuels. Elle analyse également comment certaines interfaces numériques peuvent véhiculer des stéréotypes liés aux identités culturelles, sociales ou linguistiques, et comment ces mécanismes peuvent influencer l’inclusion, la motivation et l’engagement des apprenants.

Inscrite dans des champs qui étudient les impacts sociotechniques des technologies (littératie numérique, éthique de l’IA, participation citoyenne, équité), sa démarche vise à comprendre comment concevoir des environnements éducatifs qui réduisent plutôt qu’accentuent les inégalités. Sa pratique artistique constitue un prolongement de cette réflexion, en permettant de matérialiser et de tester, par l’installation et la création visuelle, diverses hypothèses sur la perception, les interactions et les imaginaires numériques.

Sa recherche, en quelques mots !

Les arts n’ont jamais été des pratiques neutres. De l’iconographie religieuse aux affiches de propagande politique, les formes artistiques ont historiquement été mobilisées comme des instruments puissants de construction des imaginaires collectifs, de légitimation du pouvoir et de stigmatisation de l’Autre. En intervenant sur le « partage du sensible » (Rancière, 2000), les arts rendent visibles certaines figures, certains récits et certaines identités, tout en en marginalisant ou en disqualifiant d’autres.

Cette instrumentalisation des arts à des fins de manipulation ne constitue pas un phénomène nouveau, mais elle connaît aujourd’hui une transformation majeure. Les environnements numériques contemporains, marqués par la circulation massive de contenus visuels et audiovisuels, ont profondément modifié les modalités de production, de diffusion et de réception des images. La désinformation ne se limite plus à la diffusion de fausses informations factuelles, mais s’appuie de plus en plus sur des formes esthétiques et narratives émotionnellement chargées, incluant la malinformation et la propagande numérique. Ces dynamiques sont fréquemment structurées autour de processus de racialisation et de stigmatisation, visant de manière récurrente certaines minorités, notamment à travers des discours xénophobes et islamophobes largement diffusés sur les réseaux socionumériques.

L’émergence des intelligences artificielles génératives marque une rupture qualitative dans cette continuité historique. L’art génératif, désormais accessible à grande échelle, permet la production rapide d’images, de vidéos et de récits esthétiquement convaincants, dont le pouvoir de persuasion repose moins sur la véracité que sur l’impact émotionnel, la plausibilité visuelle et la mobilisation de registres symboliques et identitaires. Ces technologies amplifient les capacités de manipulation en brouillant les frontières entre création artistique, simulation et tromperie intentionnelle, rendant la désinformation plus difficile à identifier et plus susceptible d’être normalisée.

Dans ce contexte, les réponses éducatives centrées exclusivement sur la vérification factuelle ou la détection technique apparaissent insuffisantes. L’enjeu ne réside pas uniquement dans la capacité à identifier un contenu comme faux, mais dans la compréhension des mécanismes esthétiques, symboliques et émotionnels par lesquels ces productions agissent sur les individus et les collectifs. Il s’agit dès lors de former à une agentivité critique capable de questionner les intentions, les cadres de production et les effets des images et récits générés, plutôt que de se limiter à une logique de détection.

Ce projet doctoral s’inscrit dans cette perspective en technologie éducative. Il vise, dans un premier temps, à documenter la mobilisation historique des arts dans les processus de manipulation et de propagande, afin de mettre en lumière les continuités et les ruptures introduites par l’art génératif et les intelligences artificielles. Dans un second temps, il explore comment l’art, aujourd’hui augmenté et généré par l’IA, est mobilisé dans des dispositifs contemporains de désinformation, et comment ces formes esthétiques contribuent à la construction d’altérités stigmatisantes. Enfin, la recherche interroge les conditions pédagogiques permettant de développer une agentivité critique face à ces formes spécifiques de désinformation, en s’appuyant sur des dispositifs éducatifs mobilisant l’analyse, la production et la mise à distance réflexive de l’art génératif.

En articulant analyse historique, étude des pratiques contemporaines et conception de dispositifs pédagogiques, cette recherche vise à contribuer au champ de la technologie éducative en proposant une compréhension approfondie du rôle de l’art génératif dans la désinformation, ainsi que des pistes éducatives pour renforcer la capacité des apprenants à exercer un jugement critique et une agentivité civique dans des environnements numériques saturés d’images et de récits synthétiques.

Ses expositions récentes

2018 – Vision elliptique
Exposition solo, bibliothèque municipale de Québec.

2020 – Exposition avec Carrefour International des Arts
Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ).

2023 – Installation D’AR
Présentée au congrès international sur l’immigration et la diversité culturelle.

Pour la contacter

Courriel :  jamila.zayani.1@ulaval.ca

LinkedIn : https://www.linkedin.com/in/jamila-zayani-8402a624b/